Chaque année c’est pareil. Vous n’avez besoin de rien - mais comme il le faut bien, on va vous offrir des choses dont vous n’avez pas besoin. Vous n’avez pas d’idée – mais comme il le faut bien vous allez offrir quelque chose d’assez oubliable.
Pour vous préserver des cadeaux pourris, nous avons puisé dans nos lectures de l’année 5 livres qui devraient changer votre regard sur le monde — à offrir ou à se faire offrir.
De l'histoire de la vie, à la nature du temps, de notre rapport au réel à notre compréhension du monde, chacun offre, à sa manière un nouvel angle de vie sur le monde. Moins de certitudes, plus de possibilités. Si nous avons réussi à les lire, c’est qu’ils sont parfaitement accessibles aux lecteurs profanes.

Plutôt que de tenter un commentaire maladroit de ces ouvrages, nous vous proposons pour chacun un extrait des premières pages.
La vie à portée de main (2025)

« Le 1er juillet 1958, une lecture plutôt particulière eut lieu dans les murs de la Burlignton House, sur Picadilly, à Londres. C’est là que venait de s’établir la Linnean Society, une société savante fondée en 1788 dans le but de percer certains des plus grands mystères de la vie (...). Et le 1er juillet, alors que trente hommes de science influents écoutaient la présentation d’une série d’articles, il ne se passa rien.
Rien du tout.
Pourtant, deux articles présentés ce jour-là contenaient ce qui était peut-être l’idée la plus étonnante jamais émise sur la vie. Une idée qui allait changer à jamais la façon dont l’humanité appréhendait le vivant sur Terre, et peut-être ailleurs dans l’Univers.
Ils auraient dû soulever de nombreux sourcils et autant d’objections, susciter des critiques enflammées, exacerber les passions. Mais non. Aucun des trente hommes présents ne remarqua qu’il prenait part à un moment historique. »
Christophe Galfard, La vie à portée de main, Éditions Albin Michel / Éditions Flammarion, 2025
Comment marche vraiment le monde

« En 1500, à la Renaissance, on pouvait rencontrer sur la Piazza Signoria de Florence de vrais savants universels, mais cela ne dura pas. Au milieu du XVIIIe siècle, deux savant français, Denis Diderot et Jean le rond d’Alembert, purent encore réunir un groupe de contributeurs compétents pour rassembler toute la connaissance de l’époque dans un ouvrage de 28 volumes, l’Encyclopédie.
(...) Pourquoi la plupart des gens, dans les sociétés modernes, ont-ils une connaissance aussi superficielle de la façon dont marche le monde ? Une explication évidente tient aux complexités du monde moderne : les gens interagissent constamment avec des boîtes noires, dont ce qui sort, relativement simple, nécessite peu ou pas de compréhension de ce qui se passe à l’intérieur.
(...) Mais les explications de ce déficit de compréhension ne se limitent pas au fait que l’étendue de nos connaissances encourage la spécialisation , dont le revers est une compréhension de plus en plus superficielle des fondements, voire leur ignorance.
(....) La plupart des citadins actuels sont déconnectés non seulement de la façon dont nous produisons notre nourriture, mais aussi de la façon dont nous construisons nos machines et nos appareils.
(...) Il n’est pas étonnant que la plupart des Américains n’aient aucune idée, ou seulement une vague notion de la façon dont sont produits leur pain ou leur steak. Les moissonneuses-batteuses récoltent le blé, mais récoltent-elles aussi le soja ou les lentilles , Combien de temps faut-il à un porcelet pour devenir une côte de porc : une semaine ou des années ? La grande majorité des Américains ne le savent tout simplement pas, et ils ne sont pas les seuls. »
Vaclav Smil, Comment marche vraiment le monde (2022), Éditions Cassini pour la traduction française (2024)
À l’assaut du réel

« Peu à peu, en effaçant certains sujets (...) on casse les thermomètres qui nous permettent d’accéder à une partie du réel, reproduisant la logique du film Don’t look up. Cette comédie raconte le désespoir de deux astronomes découvrant la menace d’une comète fonçant sur la Terre sans convaincre les politiques de s’en préoccuper réellement (...). Face au déni, les scientifiques lancent un appel désespéré mais sont contrés par un mouvement appelant à ne pas regarder le ciel (...).
La question que posent ce film et le présent ouvrage est celle des rapports que nous entretenons avec le réel (...).
En 1968, en France (...) tous les possibles sociaux paraissent ouverts (...) le Grand Soir est à portée de main : il suffit de le vouloir (...) Les murs de Paris se sont couverts d’un slogan resté dans les mémoires « Soyez réalistes, demandez l’impossible. » (...)
Les aphorismes qui ont rythmé cette période enfiévrée expriment tous la même chose ou presque : le réel n’a pas d’importance, seuls nos désirs priment, qui peuvent faire advenir un monde meilleur (...)
Quelle autre espèce a jamais cherché à plier le réel à sa volonté ?
Cette colonne vertébrale de l’histoire de l’humanité renvoie à des passions à la fois essentielles et pathétiques. Essentielles car, sans elles, nous n’aurions pu puiser nulle part l’énergie nécessaire pour nous sortir de notre état naturel : physiquement faibles et victimes potentielles de toutes les prédations.
Pathétiques, car elles nous assignent trop souvent à la déception. Le réel n’accepte pas si facilement de se soumettre et, dans le combat que nous apprêtons à lui livrer, attendons-nous à perdre. »
Gérald Bronner, À l’assaut du réel (2025), Presses universitaires de France
L’ordre du temps

« Qu'y a-t-il de plus universel et de plus évident que le temps qui passe ?
Ce n'est pas aussi simple. La réalité des choses ne correspond pas toujours à leur apparence : la Terre semble plate, mais c'est une sphère ; le Soleil donne l'impression de tourner autour de la Terre, et pourtant, c'est nous qui tournons. La structure du temps n'est pas non plus ce qu'elle semble être : le temps ne s'écoule pas de façon uniforme et universelle. C'est ce que j'ai découvert avec stupeur dans les livres de physique, à l'université. Le temps ne se comporte pas comme il nous apparaît.
L'étonnement est à l'origine de notre désir de connaissance, et découvrir que le temps n'est pas comme nous l'imaginons suscite mille questions (...).
Pourquoi nous souvenons-nous du passé, et non du futur ? Est-ce que nous existons dans le temps, ou bien le temps existe-t-il en nous ? Qu'entend-on exactement par « l'écoulement » du temps ? Comment le temps est-il relié à notre nature de sujet ?
Nous pensons communément au temps comme quelque chose de simple, de fondamental, qui s'écoule uniformément du passé vers le futur, indifférent à tout, mesuré par des horloges. Dans le temps, les événements de l'univers se succèdent en bon ordre : passé, présent, futur. Le passé est fixé, le futur ouvert… Eh bien, tout cela s'est révélé faux. »
Carol Rovelli, L’ordre du temps (2017), Éditions Flammarion pour la traduction française (2018).
Terre des hommes

« La Terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu’elle nous résiste. L’homme se mesure avec l’obstacle. Mais pour l’atteindre il lui faut un outil. Il lui faut un rabot ou une charrue. La paysan, dans son labour arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu’il dégage est universelle. De même l’avion, l’outil des lignes aériennes, mêle l’homme à tous les vieux problèmes.
J’ai toujours, devant les yeux, l’image de ma première nuit de vol en Argentine, une nuit sombre où scintillaient seules, comme des étoiles, les rares lumières éparses dans la plaine.
Chacune signalait, dans cet océan de ténèbres, le miracle d’une conscience. Dans ce foyer, on lisait, on réfléchissait, on poursuivait des confidences. Dans cet autre, peut-être, on cherchait à sonder l’espace, on s’usait en calculs sur la nébuleuse d’Andromède. Là on aimait. De loin en loin luisaient ces feux dans la campagne qui réclamaient leur nourriture. Jusqu’aux plus discrets, celui du poète, de l’instituteur, du charpentier. Mais parmi ces étoiles vivantes, combien de fenêtres fermées, combien d’étoiles éteintes, combien d’hommes endormis…
Il faut bien tenter de se rejoindre. Il faut bien essayer de communiquer avec quelques-uns de ces feux qui brûlent de loin en loin dans la campagne. »
Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes (1939), version illustrée par Riad Sattouf, Éditions Gallimard et les livres du futur (2025).
Et vous, quelles lectures vous ont bouleversé cette année ? Écrivez-nous pour nous donner des inspirations pour 2026 !

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