Où l’on comprend que la vie de complotiste n’est pas toujours facile et pourquoi on se plante souvent quand on fait des travaux.

Vous croyez sérieusement que Channing Tatum était le directeur de la mission Apollo 11 et que Scarlett Johannson en était la directrice de la communication ? (image du film To the moon, 2024)
REPÈRES
LES FAITS POUR DÉCIDER
On ne peut pas exclure que nous n’ayons jamais mis le pied sur la lune. Il suffirait, pour cela que :
Au XIVᵉ siècle, la scolastique tente de concilier la philosophie grecque et la théologie chrétienne. Elle aboutit souvent à des explications très complexes, hautement spéculatives et truffées de concepts métaphysiques difficiles à éprouver.
Pour le moine franciscain Guillaume d’Ockham, également philosophe et théologien, formé à Oxford, c’en est trop. Il formule alors le principe suivant :
(les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité)
Le rasoir d’Ockham est également connu sous le nom de principe de parcimonie.
Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
Le rasoir d’Ockham est un principe de méthode, pas une règle du réel. Il ne dit pas comment sont les choses. Il propose un simple cadre de réflexion pour arbitrer entre plusieurs explications possibles.
La règle est simple : commencer par les hypothèses les moins coûteuses, c’est-à-dire celles qui mobilisent le moins de suppositions et qui sont les plus plausibles. Ce n’est que si elles échouent à expliquer une situation qu’il devient raisonnable d’examiner des hypothèses plus complexes ou improbables.
Privilégier n’est pas disqualifier. Il est possible que le chauffard qui vous a coupé la route l’ait fait intentionnellement. Mais il est tout de même plus probable qu’il ait simplement manqué d’attention.
Le rasoir d'Ockham est une méthode de discernement à utiliser avec … discernement. Dans Le pouce du panda, le paléontologue Stephen Jay Gould avertit « […] les explications les plus simples ne [sont] pas toujours vraies dans notre monde aussi prodigieusement complexe […]. ».
Le rasoir d’Ockham n’est pas une apologie de la simplification, mais une invitation à ne pas complexifier inutilement ce qui n'a pas lieu de l'être.
Pour mieux comprendre l’intuition d’Ockham, imaginons ce qui se passe lorsque l’on fait exactement l’inverse : lorsque l’on multiplie les hypothèses.
Le sociologue Gérald Bronner en donne une illustration amusante (À l’assaut du réel). Il a posé le problème suivant à plusieurs centaines de personnes :
Jean n’a en réalité qu’environ 40 % de chances d’y parvenir (0,8⁴). Mais la plupart des répondants surestiment fortement cette probabilité. Une majorité pensait même qu’elle était de 80 %.
Bronner attribue cette erreur à ce qu’il appelle le biais de division : face à un problème complexe, nous avons tendance à le découper en sous-problèmes en oubliant que leurs probabilités se multiplient.
Si cet exemple vous semble trop abstrait — ou si vous pensez qu’on ne vous y prendrait pas — transposons-le à une situation plus familière.
Vous achetez un bien à rénover pour y établir votre résidence principale. Supposons que vous ayez :
Tout cela vous rend très optimiste. Vous vous attendez à ce que tout se passe bien. Mais vous avez tort. En réalité, vous n’avez qu’environ une chance sur trois que tout se passe parfaitement bien (33,35 % exactement).
Qu’ont en commun la chute d’une pomme, le mouvement des planètes ou la dérive des galaxies ?
Leur apparente complexité est décrite par des lois d’une simplicité souvent déconcertante. Depuis Einstein, nous savons que la matière et l’énergie sont deux formes d’une même chose. Et cela tient en 4 caractères : E = mc².
Comme si la nature, elle aussi, préférait les explications économes et élégantes.
« Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher. »