Où l’on se demande si le bon sens est vraiment la chose du monde la mieux partagée.

Il vous suffira de moins de 5 minutes pour comprendre qu'il n'y a rien à déduire de cette photo (crédit Huan Yu sur Unsplash).
REPÈRES
LES FAITS POUR DÉCIDER
Avez-vous déjà entendu quelqu’un raconter n’importe quoi ?
Conclusions bancales, comparaisons hasardeuses, confusion entre certitude et simple possibilité - les positions se défendent souvent au mépris de la logique.
Tous les raisonnements ne se valent pas. Petit tour d’horizon de cinq formes parmi les plus courantes, du plus rigoureux … au plus incertain.
La déduction est sans doute la forme de raisonnement la plus connue. Elle part d’une règle générale (la prémisse) pour arriver à une conclusion particulière.
Ici, aucune place pour l’incertitude : si les prémisses sont vraies, la conclusion l’est aussi.
Ce modèle, formalisé par Aristote sous le nom de syllogisme, incarne l’idéal de rigueur logique. Dans la culture populaire, il est souvent associé à Sherlock Holmes (même si ses raisonnements étaient en réalité plus variés).
La limite de la déduction, c’est que dans la vie réelle nos prémisses sont rarement indiscutables. C’est probablement pour cela que nous faisons souvent appel à l’induction.
L’induction est une forme de raisonnement qui part des cas particuliers pour formuler une règle générale. On observe plusieurs exemples et on en déduit une loi supposée valable ailleurs.
L’induction est au cœur de la méthode scientifique : elle permet de dégager des régularités à partir de l’observation.
Mais elle reste fragile : comme le rappelait David Hume, rien ne justifie logiquement le passage du particulier au général. C’est le fameux problème de l’induction (voir l’article sur le critère de réfutabilité).
Et pourtant, sans elle, impossible d’apprendre de l’expérience ou d’anticiper l’avenir. Et quand les observations sont trop rares pour conclure, nous avons recours à l’abduction.
L’abduction consiste à proposer l’explication la plus plausible à partir d’un indice. On observe un fait, puis on imagine l’hypothèse qui pourrait le mieux l’expliquer. Ce n’est pas une certitude, mais une hypothèse de travail.
En réalité, de nombreuses autres explications sont possibles (le bruit du restaurant, la télé dans un coin, un type qui vous donne des coups de batte derrière la tête…), mais vous retenez celle qui vous semble la plus probable.
L’abduction est le mode de raisonnement des enquêteurs et médecins, lorsqu’ils posent un diagnostic à partir de symptômes. Pour revenir à Sherlock Holmes, nombre de ses célèbres intuitions relèvent en réalité de l’abduction : à partir d’un détail (la boue sur une botte, une tache sur une manche), il infère une explication plausible.
L’abduction illustre comment nos raisonnements mélangent souvent rigueur et imagination pour combler les trous entre faits et théories.
L’analogie consiste à comprendre une situation nouvelle en la comparant à une situation connue. Si deux choses se ressemblent sur certains points, alors elles pourraient se ressembler sur d’autres.
L’analogie est omniprésente : paraboles religieuses, métaphores littéraires, exemples pédagogiques. Les sciences modernes l’utilisent encore (comme la représentation d’un atome et de ses électrons à la manière d’un système solaire).
L’analogie ouvre des portes à l’imagination, mais elle demande un discernement constant pour éviter la confusion. Si on pousse trop loin l’analogie, elle devient trompeuse.
Le raisonnement probabiliste consiste à évaluer une situation en termes de chances plutôt qu’en termes absolus (vrai/faux, certain/impossible, etc.). Il s’appuie sur l’idée que nos connaissances sont souvent incomplètes et qu’il faut raisonner en fonction de ce qui est plus ou moins probable.
Ce type de raisonnement guide nos décisions quotidiennes (comme prendre un parapluie en voyant un ciel menaçant) comme les jugements en médecine ou en justice.
La pensée probabiliste est au cœur des sciences, de l’économie et même de l’intelligence artificielle (les IA génératives ne font qu’évaluer la probabilité qu’un mot en suive un autre dans un contexte donné). C’est une forme de raisonnement qui nous oblige à accepter l’incertitude, plutôt que de chercher des certitudes.
De la certitude de la déduction à l’incertitude des probabilités, nos modes de raisonnement sont imparfaits. Être en mesure de les identifier permet d'évaluer la qualité de la « vérité » qui en découle.
Nous verrons dans le prochain épisode pourquoi ces raisonnements, à eux seuls, ne suffisent pas à nous protéger des erreurs.