Garett Hardin
,
The tragedy of the Commons
,
1968

Un mien vaut mieux que deux tu l'auras
Photo de Hasan Almasi sur Unsplash
REPÈRES
LES FAITS POUR DÉCIDER
Lorsque Garrett Hardin publie The Tragedy of the Commons en 1968, la population mondiale connaît une croissance sans précédent et de nombreux chercheurs s’interrogent sur la capacité de la planète à supporter durablement cette augmentation.
Hardin pose alors une question plus profonde qu’il n’y paraît : que se passe-t-il lorsque des individus rationnels poursuivent chacun leur intérêt dans un monde aux ressources limitées ?
L’extrait qui suit constitue le cœur de sa démonstration.
Plus d’un demi-siècle après sa publication, il reste l’un des textes les plus influents — et les plus débattus — sur la gestion des ressources communes. Si son diagnostic a marqué durablement les esprits, certains lui reprocheront de sous-estimer la capacité des communautés humaines à s’organiser collectivement pour gérer durablement des ressources partagées.
La tragédie des biens communs se développe de la manière suivante.
Imaginons un pâturage ouvert à tous. On peut s’attendre à ce que chaque éleveur cherche à faire paître autant de bétail que possible sur cette terre commune. Un tel système peut fonctionner de façon relativement satisfaisante pendant des siècles, parce que les guerres tribales, le braconnage et les maladies maintiennent les populations humaines et animales bien en dessous de la capacité de charge du territoire.
Mais vient finalement le jour des comptes, c’est-à-dire le jour où le but longtemps recherché de la stabilité sociale devient réalité. À partir de ce moment, la logique inhérente aux biens communs engendre inexorablement la tragédie.
En tant qu’être rationnel, chaque éleveur cherche à maximiser son gain. Explicitement ou implicitement, plus ou moins consciemment, il se demande :
Cette utilité comporte une composante négative et une composante positive :
En additionnant ces utilités partielles, l’éleveur rationnel conclut que la seule décision sensée est d’ajouter un animal supplémentaire à son troupeau. Puis un autre. Puis encore un autre…
Mais cette conclusion est celle à laquelle parvient chacun des éleveurs rationnels partageant le pâturage commun.
C’est là que réside la tragédie. Chaque homme est enfermé dans un système qui le pousse à accroître son troupeau sans limite, dans un monde qui, lui, est limité. La ruine est la destination vers laquelle tous se précipitent, chacun poursuivant son propre intérêt dans une société qui croit à la liberté des biens communs. La liberté dans un bien commun conduit à la ruine de tous.