
Le Progrès
Crise de la démocratie
La dette publique
Limites planétaires
Jour du dépassement
L'espace, nouveau champ de bataille
L'ordinateur quantique
La fusion nucléaire
Visions du futur
11
questions
12
minutes
extrait
Quand le futur n'a plus rien d'évident.
Au XXᵉ siècle, on regardait vers l’an 2000 avec enthousiasme. Le chiffre s’affichait sur les enseignes, dans les slogans, dans les récits de science-fiction. Il incarnait l’idée que demain serait plus moderne, plus confortable, plus efficace. Le futur faisait envie.

Cet imaginaire reposait sur une conviction diffuse : le monde avançait dans le bon sens. Les crises existaient, bien sûr, mais elles semblaient s’inscrire dans une trajectoire globale d’amélioration. Le temps était perçu comme un allié. Attendre, c’était espérer.
Aujourd’hui, ce rapport à l’avenir paraît moins évident. Le futur suscite davantage d’inquiétudes que d’élans collectifs. Il reste plein de possibles, mais plus vraiment d’horizon commun.
Cette bascule invite à s’interroger : d’où vient cette manière très particulière de penser le temps, le changement, et l’idée que l’humanité irait vers le mieux ?
Pendant la majeure partie de l’histoire humaine, le futur n’était ni un projet collectif, ni une promesse. Dans les cosmologies indiennes, le temps est pensé comme cyclique : l’existence s’inscrit dans le samsara, une succession de renaissances dont l’enjeu est la libération individuelle, non le progrès collectif.

Dans la Grèce antique, le mythe de l’âge d’or, rapporté par Hésiode, décrit un passé idéalisé, suivi d’une lente dégradation de l’humanité. Le mouvement du temps est perçu comme une perte, non comme un gain.
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Le christianisme introduit une rupture importante en donnant au temps une direction : l’histoire a un début, une fin, et un sens. Mais cette direction n’est pas celle du progrès humain. Elle est orientée vers le salut, non vers l’amélioration continue des conditions matérielles ou sociales. L’essentiel se joue dans l’au-delà, pas dans l’accumulation des transformations ici-bas.

L’idée moderne de progrès apparaît à partir de la révolution scientifique et des Lumières. Elle repose sur une intuition nouvelle et puissante : la connaissance peut s’accumuler, se transmettre, et produire des effets durables. Avec Francis Bacon, le savoir cesse d’être contemplatif pour devenir opératoire. Il ne s’agit plus seulement de comprendre le monde, mais de le transformer. La science doit accroître la puissance humaine et améliorer concrètement la condition des hommes. Le futur devient alors un espace d’action.
Le futur cesse d’être la répétition du passé ou l’attente d’un jugement final : il devient un espace à construire.
Dans le même mouvement, Descartes affirme que l’homme peut se rendre « comme maître et possesseur de la nature ». Le temps change de statut : il n’est plus seulement ce qui use et répète, mais ce qui permet le progrès. Les savoirs s’accumulent, les techniques se perfectionnent, les sociétés se transforment. Peu à peu, l’idée s’impose que l’histoire humaine suit une trajectoire orientée vers le mieux — non sans crises ni conflits, mais globalement ascendante.
Ce récit du progrès devient une véritable boussole collective. Il irrigue l’économie (croissance), la politique (réformes), la science (innovation), l’éducation, et même la morale.
Depuis lors, le progrès s’est imposé comme un cadre implicite de décision — une hypothèse de fond, rarement interrogée, sur le sens de la marche du monde. On débat des moyens, des rythmes ou des effets secondaires, mais la direction ne fait plus vraiment question.
L’idée de progrès offrait un cadre de pensée simple et puissant : demain serait globalement meilleur qu’aujourd’hui et il nous appartient de le faire advenir.
Aujourd’hui, cette évidence vacille. D’abord parce que le progrès se heurte à des limites physiques, écologiques et énergétiques dans un monde fini. Ensuite — et peut-être parce qu’en Occident les principaux objectifs assignés au progrès ont été atteints (sécurité, alimentation, santé, confort, loisirs) —parce que l’accumulation des capacités techniques ne s’accompagne plus nécessairement d’un sentiment d’amélioration collective. De plus en plus souvent, ce qui est fait l’est parce que c’est techniquement possible, non parce que c’est clairement désirable.
Privées de leur boussole, les sociétés occidentales se préparent néanmoins à de nouveaux changements majeurs — et souvent contestés. Faute d’horizon partagé, ces transformations n’ont plus la force de l’évidence ou de la nécessité. Elles dessinent des possibles, assurément, mais fragmentés, parfois contradictoires, rarement fédérateurs.
Ce quiz propose de contextualiser quelques-unes de ces dynamiques, de comprendre d’où elles viennent et d’explorer les trajectoires qu’elles ouvrent — non pour prédire l’avenir, mais pour éclairer les hypothèses sur lesquelles reposent désormais les décisions.
D’autres trajectoires auraient évidemment pu être explorées. Celles-ci ont été retenues parce qu’elles dessinent des tensions déjà visibles, susceptibles d’influencer les décisions à moyen et long terme.
La démocratie occupe une place singulière dans l’imaginaire politique contemporain. Elle est souvent présentée comme l’horizon naturel des sociétés modernes, le régime vers lequel l’histoire tendrait spontanément. Dans de nombreux pays occidentaux, elle est perçue moins comme un choix politique que comme un état de fait — presque une évidence.
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