11
questions
13
minutes
Dilemme du prisonnier
Jeu à somme nulle
Jeu répété
Jeu simultané vs. séquentiel
Tournoi d'Axelrod
Stratégies de coopération
Dissuasion nucléaire
Bruit
extrait
Décembre 1914.
Dans les tranchées, les soldats frissonnent de froid autant que de peur. L’humidité, la boue et les nuits glaciales épuisent les hommes. L’ennemi se tient à quelques dizaines de mètres à peine.
Tuer pour ne pas être tué semble être la seule règle.
Pourtant, au cœur de l’hiver, quelque chose d’inattendu se produit.
Sur plusieurs secteurs, des gestes de fraternisation entre soldats ennemis apparaissent. Les tirs cessent parfois. On se salue. On se parle.
Un officier britannique venu inspecter une position raconte :
« Je fus ébahi de voir des soldats allemands marcher à portée de fusil derrière leurs propres lignes. Nos hommes semblaient n’y prêter aucune attention. Je décidai intérieurement de mettre fin à cet état de choses quand nous prendrions la relève. C’était inacceptable. À l’évidence, ces hommes ignoraient que nous étions en guerre. Les deux camps semblaient penser qu’il fallait vivre et laisser vivre. » (Dugdale, 1932)

Dans certains secteurs, un témoin rapporte même qu’une règle tacite s’était installée :
« Dans un secteur, il était convenu que de 8 à 9 heures du matin on vaquait à ses affaires privées, et les tireurs isolés des deux camps considéraient comme hors limites certains endroits indiqués par un drapeau. »
Comment un tel système a-t-il pu émerger, dans un contexte où tout incitait à la méfiance ? Pourquoi s’est-il maintenu pendant des mois avant de s’effondrer ?
Pour répondre à ces questions, il faut faire un détour.
La théorie des jeux est un domaine des mathématiques qui étudie les interactions stratégiques entre acteurs rationnels. Elle cherche à répondre à des questions très concrètes :
Comment la confiance peut-elle apparaître ? Quand la coopération est-elle un bon choix ? Que faire face à la défection ?
Autrement dit : comment décider lorsque notre résultat dépend des décisions des autres ?
Notre détour commence dans une salle d’interrogatoire.
Vous et un complice venez d’être arrêté(e)s pour un vol présumé. Le dossier est faible : la police a besoin de vos témoignages pour vous inculper.
L’inspecteur vous sépare et propose à chacun le même marché :
- Si vous dénoncez votre complice et qu’il se tait, vous êtes libéré(e) et il prend 10 ans.
- Si vous vous dénoncez mutuellement, vous prenez 5 ans chacun.
- Si vous vous taisez tous les deux, faute de preuves solides, vous n’écoperez que d’un an chacun pour des délits mineurs.
Vous n’avez aucun moyen de connaître la décision de l’autre.
Que décidez-vous ?
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