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Visions du futur
11
questions
12
minutes
extrait
Au XXᵉ siècle, on regardait vers l’an 2000 avec enthousiasme. Le chiffre s’affichait sur les enseignes, dans les slogans, dans les récits de science-fiction. Il incarnait l’idée que demain serait plus moderne, plus confortable, plus efficace. Le futur faisait envie.

Qu’en est-il aujourd’hui ?
Plusieurs enquêtes récentes menées en Europe et en Amérique du Nord révèlent une nostalgie marquée du passé. 57% des français auraient préféré naître en 1975 qu’en 2025 (Ipsos, 2025). 70 % des répondants estiment que l’on était plus heureux il y a cinquante ans — contre à peine 5 % qui jugent la situation actuelle plus favorable.
Les répondants reconnaissent pourtant que la qualité de vie matérielle et le niveau de soins sont aujourd’hui supérieurs. Mais ils décrivent le passé comme une époque perçue comme plus insouciante, plus lisible, moins anxiogène.
Si le présent peine à convaincre, que dire du futur ?
Un sondage mené aux États-Unis — souvent associé à une confiance inébranlable en l’avenir — montre que seuls 14% des répondants aimeraient vivre dans le futur.

Comment expliquer cette défiance ?
Il ne s’agit ici que d’une hypothèse, mais elle n’est pas étrangère, sans doute, à notre rapport au changement. En 1975, le changement était globalement accepté — voire recherché — parce qu’il s’inscrivait dans une trajectoire claire : celle du progrès. On discutait des moyens, rarement de la direction.
En 2025, le changement demeure constant, mais il a perdu son cap. Il est rapide, profond, parfois spectaculaire, sans que son sens soit toujours évident. Le comment s’impose ; le pourquoi devient flou.

Dans ces conditions, l’avenir est moins attractif. Cela contribue à expliquer le succès actuel des récits populistes et souverainistes dans de nombreux pays. Ils reposent largement sur la promesse d’un retour à un ordre antérieur — un avant souvent idéalisé — davantage que sur une projection vers l’avenir.

Si le futur n’a plus rien d’évident, le présent porte pourtant déjà les germes des transformations à venir.
C’est ce que ce quiz propose d’explorer, à travers une sélection — forcément partielle — de dynamiques qui pourraient redessiner les règles du jeu dans les décennies à venir.
À commencer par celle que nous venons d’évoquer : la crise du progrès.
Pendant la majeure partie de l’histoire, le futur n’était ni un projet collectif, ni une promesse.
Dans les cosmologies indiennes, le temps est pensé comme cyclique — il se repète. L’existence s’inscrit dans le samsara, une succession de renaissances dont l’enjeu est la libération individuelle, non le progrès collectif.

Dans la Grèce antique, le mythe de l’âge d’or, rapporté par Hésiode, décrit un passé idéalisé, suivi d’une lente dégradation de l’humanité. Le mouvement du temps est perçu comme une perte. Ce qui compte est derrière, non devant.
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Le christianisme introduit une rupture importante en donnant une direction au temps : l’histoire a un commencement et une fin. Mais elle est orientée vers le salut, non vers l’amélioration continue des conditions matérielles ou sociales. L’essentiel se joue dans l’au-delà, pas dans l’accumulation des transformations ici-bas.

L’idée moderne de progrès apparaît à partir de la révolution scientifique et des Lumières. Elle repose sur une intuition nouvelle et puissante : la connaissance peut s’accumuler, se transmettre, et produire des effets durable sur le monde.
Avec Francis Bacon, le savoir cesse d’être purement contemplatif. Il devient opératoire. Comprendre la nature n’est plus une fin en soi : c’est un moyen pour la transformer au service de l’homme.
Dans le même mouvement, Descartes affirme que l’homme peut se rendre « comme maître et possesseur de la nature ». Le temps change de statut : il n’est plus seulement ce qui use et répète, mais ce qui permet l’accumulation. Les savoirs progressent, les techniques se perfectionnent, les sociétés se transforment. Peu à peu, s’impose l’idée que l’histoire humaine suit une trajectoire globalement ascendante — non sans crises ni conflits, mais orientée vers le mieux.
Ce récit du progrès devient une véritable boussole collective. Il irrigue l’économie (croissance), la politique (réformes), la science (innovation), l’éducation, et même la morale. Il structure les décisions publiques et privées.
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