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Des études

Francis Bacon

Of Studies
,
1625

Philosophe, juriste et homme d’État anglais, Francis Bacon (1561-1626) est l’une des grandes figures de la pensée moderne. Défenseur d’une connaissance fondée sur l’observation et l’expérience, il a notamment contribué à renouveler les méthodes de la recherche scientifique.

Dans ce court texte, issus de ses Essais, Bacon s’interroge sur la valeur des études et de la lecture. Pourquoi apprendre ? Comment lire ? Que nous apporte véritablement la connaissance ? Loin de faire l’éloge de l’érudition pour elle-même, il défend une idée essentielle : le savoir nourrit le jugement, mais ne saurait se substituer à l’expérience.

Plus de quatre siècles après sa rédaction, ce texte conserve une étonnante actualité. Il nous rappelle que lire ne consiste ni à accumuler des connaissances, ni à confirmer ses convictions, mais à apprendre à examiner, à distinguer et à penser.

« Les études servent au plaisir, à l'ornement de l'esprit et à l'aptitude à agir. Leur principal agrément se trouve dans la solitude et le retrait ; leur valeur d'ornement, dans la conversation ; leur utilité pratique, dans le jugement et la conduite des affaires. Car les hommes d'expérience savent exécuter les tâches et, peut-être, juger des situations particulières, une à une ; mais les conseils d'ensemble, la conception des projets et l'organisation des affaires sont mieux assurés par les hommes instruits.

Consacrer trop de temps à l'étude relève de la paresse ; en faire trop grand étalage relève de l'affectation ; juger de toute chose exclusivement d'après ses règles relève du travers de l'érudit.

Les études perfectionnent les dispositions naturelles, et l'expérience perfectionne les études. Car les facultés naturelles ressemblent à des plantes sauvages, qu'il faut tailler et cultiver par l'étude ; et les études elles-mêmes dispensent des préceptes trop généraux si l'expérience ne vient en délimiter la portée.

Les hommes rusés méprisent les études, les hommes simples les admirent, et les sages en font usage. Car les études n'enseignent pas par elles-mêmes comment s'en servir : ce savoir relève d'une sagesse qui leur est extérieure et supérieure, et qui s'acquiert par l'observation.

Ne lisez pas pour contredire et réfuter ; ni pour croire et tenir pour acquis ; ni pour trouver matière à parler et à discourir ; mais pour peser et examiner.

Certains livres sont faits pour être goûtés, d'autres pour être avalés, et quelques-uns seulement pour être mâchés et digérés. Autrement dit, certains livres ne méritent d'être lus que par endroits ; d'autres peuvent être lus en entier, mais sans qu'on s'y attarde ; quelques-uns, enfin, doivent être lus intégralement, avec soin et attention.

On peut aussi confier la lecture de certains livres à d'autres et leur demander d'en faire des extraits. Mais cela ne devrait concerner que les sujets de moindre importance et les ouvrages de second ordre. Autrement, les livres ainsi distillés ressemblent à ces eaux distillées ordinaires : des préparations fades et sans substance.

La lecture fait l'homme accompli ; la conversation, l'homme prêt ; l'écriture, l'homme exact. Aussi celui qui écrit peu doit-il posséder une excellente mémoire ; celui qui converse peu, un esprit vif et toujours prêt ; et celui qui lit peu, beaucoup d'habileté pour paraître savoir ce qu'il ignore.

L'histoire rend les hommes sages ; la poésie, ingénieux ; les mathématiques, subtils ; la philosophie naturelle, profonds ; la philosophie morale, graves ; la logique et la rhétorique, habiles à argumenter.

Abeunt studia in mores : les études finissent par façonner les mœurs.

Bien plus, il n'est aucun défaut ni aucune entrave de l'esprit auxquels des études appropriées ne puissent remédier, de même qu'il existe des exercices adaptés aux diverses maladies du corps. Le jeu de boules est bon pour les calculs et les reins ; le tir à l'arc, pour les poumons et la poitrine ; la marche tranquille, pour l'estomac ; l'équitation, pour la tête ; et ainsi de suite.

De même, si un homme a l'esprit vagabond, qu'il étudie les mathématiques : dans une démonstration, la moindre distraction l'obligera à reprendre son raisonnement depuis le début.

Si son esprit peine à distinguer les choses et à discerner leurs différences, qu'il étudie les philosophes scolastiques, car ils excellent à couper les cheveux en quatre.

S'il éprouve des difficultés à examiner une question sous tous ses aspects et à mobiliser un argument pour en démontrer ou en éclairer un autre, qu'il étudie les affaires judiciaires.

Ainsi, à chaque faiblesse de l'esprit peut correspondre un remède particulier. »

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(traduction : ChatGPT)

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